À quelques jours du Salon international de l’Agriculture, le baromètre annuel « Les Français, l’agriculture et l’alimentation », réalisé par OpinionWay pour CALIF, montre que l’alimentation demeure un marqueur d’attache culturel et symbolique majeur pour les Français. La gastronomie est citée par 75 % comme l’élément qui symbolise le mieux la France à l’étranger, confirmant que l’agriculture et l’alimentation dépassent le seul registre économique. Autre information importante : 85 % des Français se disent inquiets pour l’avenir de l’agriculture français, dans un contexte marqué par les enjeux de souveraineté alimentaire, pouvoir d’achat et exigences environnementales. « Cette nouvelle vague confirme à la fois la solidité du soutien aux agriculteurs et l’installation d’un arbitrage de plus en plus clair entre souveraineté, pouvoir d’achat et exigences environnementales », explique Bruno Jeanbart, vice-président d’OpinionWay.
De manière générale, les Français poursuivent une évolution graduelle de leurs habitudes alimentaires, privilégiant des ajustements progressifs plutôt qu’un changement radical. La priorité reste clairement orientée vers une alimentation jugée plus qualitative : 88 % des Français déclarent vouloir privilégier une alimentation « naturelle », un niveau élevé et stable qui confirme l’attachement aux produits bruts, locaux et de saison. Dans cette dynamique, l’intérêt pour le bio progresse légèrement (59 %, +1 point), traduisant une aspiration persistante à une alimentation perçue comme plus saine et respectueuse de l’environnement. Le flexitarisme poursuit sa progression (50 %, +4 points), désormais envisagé par un Français sur deux. À l’inverse, les régimes de rupture restent minoritaires et globalement stables : 24 % pour le végétarien et 21 % pour le végan, illustrant une évolution mesurée des comportements plutôt qu’un rejet des productions animales.
Cette logique se retrouve dans le rapport à la viande. La production française bénéficie d’une image renforcée face aux importations : 87 % (+ 5 points) des Français estiment qu’elle respecte des normes plus strictes, et 80 % (+4 points) qu’elle est produite dans de meilleures conditions environnementales. Plus de huit Français sur dix se disent prêts, ou aimeraient l’être, à payer davantage pour soutenir une viande associée à une meilleure rémunération des éleveurs (84 %), à une origine française (82 %) ou à des pratiques plus durables (81 %), des intentions en progression par rapport à l’année précédente.
Des attentes parfois contradictoires sur le modèle agricole
La place de l’agriculture dans la transition écologique fait l’objet d’une appréciation globalement positive : 53 % des Français considèrent que les agriculteurs jouent un rôle favorable dans la protection de l’environnement. Cette reconnaissance s’inscrit dans un capital de confiance élevé puisque 87 % d’entre eux ont une image positive des agriculteurs, tandis que 80 % estiment qu’ils ne sont pas suffisamment soutenus par les pouvoirs publics.
L’engagement des consommateurs se confirme également : 71 % se déclarent prêts à payer plus cher pour garantir une rémunération plus juste des agriculteurs. Parallèlement, la science et l’innovation apparaissent comme des leviers crédibles d’adaptation dans la mesure où les Français jugent majoritairement qu’elles peuvent améliorer les pratiques agricoles à travers la réduction de l’impact environnemental, ou encore le bien-être animal.
Toutefois, dans le même temps, si 7 Français sur 10 considèrent que les importations alimentaires sont plutôt une mauvaise chose, en raison de leurs impacts sociaux, environnementaux et sanitaires, leurs priorités divergent sur la voie à suivre. Un peu plus de la moitié (55 %) privilégient l’objectif de produire davantage en France, quitte à alléger certaines normes environnementales, tandis que près de 4 Français sur 10 (44 %) préfèrent maintenir des standards stricts, même si cela implique de renoncer à certaines productions. Cette tension révèle une ligne de fracture structurante du débat agricole français : comment concilier souveraineté productive, compétitivité économique et exigences environnementales ?
La question de l’accès aux ressources
Dans un contexte de tension sur les ressources, l’agriculture est considérée comme prioritaire pour l’accès à l’eau (87 %), et 70 % soutiennent la création de retenues pour faire face aux sécheresses.
Cette sensibilité s’inscrit dans une lecture territoriale affirmée : pour les Français, la Bretagne (50 %) est la principale région agricole du pays, devançant les Pays de la Loire (42 %), la Nouvelle-Aquitaine (37 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (30%), ce qui souligne l’ancrage économique et culturel de ces territoires dans l’agriculture.
Comme le souligne en conclusion François Massardier, président fondateur de CALIF, « à travers ce baromètre que nous conduisons depuis cinq ans, nous mesurons combien l’agriculture est devenue un enjeu stratégique pour les territoires. Les Français soutiennent massivement leurs agriculteurs, mais ils attendent désormais des choix clairs pour concilier production, transition écologique et pouvoir d’achat.«