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Agriculture urbaine : oxymore ou nouvel enjeu majeur des villes ?

Si les termes « agriculture urbaine » relèvent aujourd’hui plus de la figure de style que du monde réel, les villes ont longtemps maîtrisé leurs ressources alimentaires. Selon le géographe de l’alimentation Gilles Fumey, Paris était autosuffisant alimentairement en 1800. Aujourd’hui, après de longues années de spécialisation territoriale des activités, une véritable prise de conscience citoyenne et entrepreneuriale tend à émerger.

En 2016, Rennes s’est lancée dans un ambitieux programme d’autonomie alimentaire, marchant sur les traces d’Albi, première ville française à s’être fixée, en 2014, l’objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire à l’horizon 2020. En 2017, c’était au tour de la Métropole de Bordeaux de se doter officiellement d’un « Conseil consultatif de gouvernance alimentaire durable ». Beaucoup d’autres, à commencer par Lyon et Paris, commencent à s’y intéresser.

Pourquoi viser l’autonomie alimentaire ?

Plusieurs chiffres expliquent cette prise de conscience. En moyenne, une denrée alimentaire parcourt 3 000 km avant d’être consommée. L’alimentation, qui représente un quart de l’empreinte carbone des Français selon l’Ademe, est donc un enjeu majeur de la transition écologique du pays.

Cette situation trouve moins son origine dans un manque de production locale que dans l’organisation des échanges : d’après une étude d’UTOPIES, 98% de notre alimentation est composée de produits agricoles importés alors que dans le même temps 97% des produits agricoles locaux sont exportés. A titre d’exemple, en Nouvelle Aquitaine, seuls 5 % de la production alimentaire de la zone agricole du Marmandais part en direction de Bordeaux Métropole. En outre, 80 % de cette part passe d’abord par le marché de Rungis, en Ile-de-France, avant de revenir à Bordeaux.

L’autosuffisance alimentaire : un horizon plutôt qu’un objectif réaliste

Si l’on ne peut qu’appeler de nos vœux une plus grande place laissée à l’agriculture en ville, il convient cependant de relativiser l’objectif « d’autosuffisance » alimentaire. Même à Albi, qui n’abrite que 50 000 habitants, le foncier est le nerf de la guerre. « Pour nourrir toute la population en bio, il faudrait 600 hectares de maraîchage alors que, sur tout le département, on compte moins de 300 hectares », selon le conseiller municipal EELV Pascal PRAGNERE.

 

De l’autonomie alimentaire à l’agriculture urbaine

On aurait pour autant tort d’abandonner cet objectif, tant les avantages se multiplient et dépassent très largement le cadre de l’empreinte carbone. L’agriculture urbaine, qui peut être pratiquée sur des toits, dans des cours, des potagers partagés et même dans des espaces publics, mérite en effet d’être encouragée. Les entreprises en ont conscience et mènent aujourd’hui une véritable stratégie d’influence et de lobbying territorial visant à valoriser ce mode de culture. Selon un récent avis du Conseil économique social et environnemental (CESE), l’agriculture urbaine répondrait en partie à de multiples problématiques auxquelles sont aujourd’hui confrontées les villes : création de lien social ; régulation des températures ; gestion des déchets ; biodiversité en ville ; désartificialisation des sols ; protection de l’eau ; régulation du CO²… L’agriculture urbaine offre en outre la possibilité de sensibiliser les urbains aux problématiques du monde agricole, de contribuer à conserver la population dans les territoires, et d’offrir des opportunités d’insertion professionnelle aux personnes éloignées de l’emploi.

 

Agriculture high ou low tech ?

Les nouvelles technologies viennent souvent en aide aux projets d’agriculture urbaine : les serres urbaines deviennent des lieux d’expérimentation des techniques d’hydroponie ou d’« agriculture numérique », et les énergies renouvelables leur assurent une partie d’autonomie énergétique. On peut notamment citer l’exemple de la Ferme Urbaine Lyonnaise, ferme urbaine verticale technologique indoor à haut rendement et efficience énergétique. D’autres projets s’articulent davantage autour du lien social, en se concentrant par exemple sur la prestation de service : les Bergers urbains  proposent par exemple aux collectivités de laisser brebis et moutons entretenir leurs espaces verts en pâturant.


Quels leviers pour l’agriculture urbaine ?

Un des premiers outils mobilisables pour encourager une agriculture plus locale est la commande publique, notamment pour la restauration collective. D’où la nécessité pour les porteurs de projets issus du monde privé de participer à une démarche d’affaires publiques auprès des interlocuteurs idoines dans les territoires. A titre d’exemple, le SIVU Bordeaux-Mérignac sert à lui seul plus de 2 millions de repas par an dont 30 % d’approvisionnement local. Des aides publiques locales à l’installation et la conversion peuvent également être envisagées. Pour autant, une réflexion de fond semble nécessaire. Dans son récent avis, mentionné plus haut, le CESE met l’accent sur plusieurs leviers, notamment : la généralisation des Projets alimentaires territoriaux ; une réforme du droit foncier et des règles d’urbanisme ; les partenariats publics-privés entre les porteurs de projets et les collectivités ; ou encore des mesures fiscales en faveur des projets d’agriculture urbaine.

Si l’agriculture urbaine ne détient pas à elle-seule les clés pour résoudre les problématiques qui touchent aujourd’hui nos villes, elle tient une place de choix parmi les différentes pistes offrant de les rendre plus résilientes. Des villes plus durables, et même plus attractives : selon une étude Unep/Ifop de 2016, pour plus de 8 Français sur 10, la proximité d’un espace vert est un critère important dans le choix de son habitation. L’agriculture, une clé de la revitalisation des petites et moyennes villes ?

 

A la rencontre des élus et des entreprises qui font le « Printemps des Territoires »

L’événement organisé ce jeudi 6 juin était l’occasion de souffler la première bougie de la Banque des Territoires, lancée en 2018 par la Caisse des Dépôts et des Consignations.

La Banque des Territoires a été fidèle à sa raison d’être, rapprocher les ambitions des collectivités et les leviers de l’investissement privé, en réunissant décideurs, élus et entreprises autour de quatre grands thèmes : l’inclusion, la transition écologique, la révolution numérique et l’attractivité.

L’exécutif en première ligne

Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, est revenue sur le dispositif Action cœur de ville, qui vise à revitaliser les centres des villes moyennes françaises en saluant la mise en œuvre « d’une politique spécifique et d’une politique d’accompagnement ». Lancé en mars 2018, ce programme national entre pleinement aujourd’hui dans sa phase opérationnelle après la signature par l’Etat des conventions-cadres dans l’ensemble des villes. Ce programme ambitieux doit permettre à 222 villes (ou binômes de villes) de taille moyenne de bénéficier d’un accompagnement via une convention de revitalisation sur cinq ans.

Pour mémoire, le programme Action cœur de ville, s’articule entres autre autour du développement d’une offre attractive de l’habitat en centre-ville, le développement économique et commercial équilibré, ou encore la fourniture d’accès aux équipements et services publics. Il est notamment soutenu au niveau local par les CCI, dont au premier chef les CCI Métropolitaines comme le démontre l’action de la CCI Alsace Eurométropole sur son territoire. Pour Jacqueline Gourault, ce dispositif doit « renforcer et permette aux élus de développer la stratégie dont ils ont besoin pour donner toutes leurs chances aux concitoyens qui vivent dans leur territoire ».


Cédric O
, secrétaire d’Etat en charge du Numérique, a de son côté insisté sur la nécessité pour les territoires de se saisir des besoins de formation aux métiers du numérique. Il a pointé du doigt cette aberration : « nous avons en France 8,7% de chômage, et le numérique est un secteur qui compte 40 000 emplois non-fournis aujourd’hui, 200 000 demain ». L’ancien conseiller d’Emmanuel Macron est d’ailleurs très investi sur le volet formation, conscient qu’il s’agit là d’un levier pour que le numérique ne soit plus symptôme d’exclusion. Il menait d’ailleurs une réunion de travail deux jours plus tôt, ce mardi 4 juin, avec le groupe Numérique du Pacte productif pour construire des mesures concrètes et soutenir le développement des entreprises, à travers notamment le renforcement du volet formation.

Acteurs publics et acteurs privés

Les collectivités territoriales ont pu partager avec conviction leurs initiatives et leurs ambitions, à travers notamment l’intervention de Jean Rottner, président LR de la Région Grand-Est, qui a commenté la récente décision d’ouvrir le réseau ferré de la région à la concurrence, afin d’accroître l’offre de services à ses habitants. Preuve s’il en était que la puissance publique, à travers l’action et l’influence des collectivités territoriales, peut être un catalyseur de l’innovation et du développement économique local grâce à une action conjointe avec les acteurs privés.


Enfin, le secteur privé justement, a partagé ses idées et ses ambitions au cours de plusieurs Masterclass et interviews.
Jean-Pierre Frémont, directeur en charge des collectivités pour EDF, est par exemple intervenu au sujet des enjeux et des opportunités qu’offrent les villes moyennes, en particulier pour la transition énergétique.

Les villes et collectivités de nos territoires ont ainsi pu trouver dans les Masterclass, présentations et stands tenus en parallèle, nombre d’inspirations pour répondre aux enjeux qu’elles connaissent actuellement.

Heureux de pouvoir valoriser le savoir-faire de nos clients, dans leur territoires mais aussi au cœur des institutions

CALIF a organisé ce lundi 13 mai la visite d’une délégation sénatoriale composée de Cédric PERRIN (LR, Territoire de Belfort), Sébastien MEURANT (LR, Val d’Oise) et Philippe MOUILLER (LR, Deux-Sèvres) dans le cadre d’un déplacement à Saint-Etienne afin de visiter les locaux de l’entreprise Verney-Carron.

Cette visite fut l’occasion pour les sénateurs de découvrir l’histoire de cette PME familiale, qui fêtera ses 200 ans l’an prochain, ancrée dans la culture et le territoire stéphanois. Labellisée « Entreprise du patrimoine vivant », la société Verney-Carron fait aujourd’hui partie des rares entreprises familiales à pouvoir prétendre concurrencer les grands groupes du secteur de la sécurité et de la défense afin d’équiper nos forces de sécurité et nos armées.

Positionnée sur 4 secteurs d’activité, Verney-Carron conçoit et fabrique des fusils de chasse haut-de-gamme relevant d’un savoir-faire à la française unique, mais aussi des armes et accessoires pour les marchés militaire et police.

Cette journée fut également marquée par une réunion de travail entre les sénateurs et les dirigeants du Cluster EDEN, structure regroupant 130 PME du secteur de la défense dont fait partie Verney-Carron, autour de diverses problématiques, dont la nécessité de développer le sentiment national auprès des acheteurs dans le cadre des appels d’offres.

Ce dernier point était justement l’objet de l’audition à l’Assemblée nationale à laquelle a participé le lendemain Guillaume Verney-Carron, directeur général de Verney-Carron S.A, dans le cadre de la commission d’enquête sur les moyens des forces de sécurité. Face à l’enjeu de sécurisation des approvisionnements au moment où le Gouvernement fait part de sa volonté de créer une filière française des équipements et de l’armement, il revient en effet aux autorités publiques de créer un environnement idoine pour nos PME de la sécurité et de la défense.

Bénéficiant d’une forte capacité d’innovation et ancrées dans les territoires, les PME françaises sont les garantes d’un savoir-faire reconnu qui fait rayonner la France à l’international.

Faut-il encore apprendre à conduire ?

Le 9 novembre dernier, Emmanuel MACRON a annoncé une baisse du prix du permis de conduire, alors qu’une mission parlementaire pour un meilleur accès à cet examen a été annoncée à l’Assemblée nationale.

Après avoir libéralisé le secteur dans le cadre de la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques lorsqu’il était ministre de l’Économie, le président de la République entend ainsi s’attaquer de nouveau à un secteur d’activité souvent pointé du doigt pour les prix pratiqués et les disparités de ceux-ci suivant les régions.

Pour mémoire, en 2016, l’UFC-Que choisir avait mené une enquête sur le sujet, emboîtant le pas à la CLCV qui relevait que le forfait de 20 heures de conduite pouvait varier du simple au double suivant si l’on passait son permis à Lille ou à Paris.

La volonté affichée par Emmanuel MACRON de consacrer le passage du Code de la route dans le cadre du parcours scolaire relevant de l’Éducation nationale témoigne d’un souhait d’appréhender le fameux papier rose comme un « véritable passeport pour l’emploi », conscient que son coût conduit à un renforcement des inégalités d’accès à celui-ci.

Toutefois, outre l’idée de renforcer le pouvoir d’achat des Français et notamment des futurs usagers en pleine polémique sur la hausse du carburant, il s’agit aussi et surtout d’affirmer une nouvelle approche en termes de sécurité routière. Désormais, celle-ci relèverait d’un continuum éducatif dispensé par l’Etat au risque de vider de son sens la mission première des auto-écoles qui est celle de former les jeunes à la sécurité routière.

Il n’est donc pas étonnant que la déclaration d’Emmanuel MACRON ait été interprétée comme une « déclaration de guerre » de la part du secteur représenté par le CNPA Education-routière, l’Union nationale intersyndicale des enseignants de la conduite (Unidec) et l’Union nationale des indépendants de la conduite (Unic), et ce, alors que des propositions alternatives ont d’ores et déjà été formulées par les principaux concernées. La baisse de la TVA ou encore la mise en place de cours collectifs, sont en effet autant de mesures avancées par ces derniers, à rebours de l’idée de demander à des professeurs qui n’ont pas la compétence et les connaissances, d’enseigner le code à leurs élèves, ou à des professionnels d’aller enseigner dans les établissements. Sans oublier que l’activité des auto-écoles est, comme beaucoup d’autres, une activité concurrencée par des start-ups comme Ornikar ou En voiture Simone qui ont pour ambition de disrupter ce marché et surtout de casser les prix. Un challenge pas simple si l’en croit la double liquidation judiciaire qu’a connue la société lyonnaise PermiGo précurseure sur ce marché…

Point de vue CALIF… François Hollande, un «retour» bien orchestré (20 minutes)

Le retour en politique de François Hollande ?

Il est de retour. Après une pause médiatique, François Hollande a décidé de faire sa rentrée par étape. Une déclaration sur la réforme du Code du travail par-ci, une interview télévisée pour dire qu’il ne se retire pas de la vie politique par-là. Sans oublier la parution d’un livre (c’est aussi la rentrée littéraire) la semaine prochaine, qui dévoilera les confidences de l’ancien président sur… Emmanuel Macron.

Le « plan com’ » est donc lancé, et comme toujours, le timing n’est pas anodin. « François Hollande voit très bien que la presse parle de la France qui redémarre, de la confiance qui revient, explique François Massardier, professeur de communication politique à Sciences-Po Toulouse et fondateur d’une société de conseil. S’il laisse s’installer l’impression que tout cela est dû à Emmanuel Macron, il disparaîtra rapidement des radars. »

Retrouver l’article de 20 minutes en entier : François Hollande, un «retour» bien orchestré… Et qui pourrait durer

Un règlement européens pour encradrer les services liés à l’émergence des drones ?

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A chaque nouvelle avancée technologique, la question de la réglementation est toujours évoquée comme un accélérateur ou, au contraire, un frein. Le drone en est un bon exemple : alors qu’on l’annonçait comme une révolution majeure il y a quelques années, il n’a pas encore rencontré le succès escompté. Probablement parce qu’il n’a pas encore été accompagné par un encadrement juridique qui lui permettrait de se développer pleinement. La Commission Européenne, par la voix de sa commissaire aux Transports, Violetta BULC, a annoncé qu’elle comptait y remédier, en programmant un règlement européen pour 2019.

Le drone est déjà utilisé dans de nombreux secteurs d’activité, comme la sécurité ou l’agriculture, où il permet de surveiller des zones délimitées ou d’effectuer des mesures, d’aider à la décision. Mais il n’a pas encore trouvé son public dans d’autres domaines : certains services sont « bloqués » du fait des interdictions qui existent actuellement. En témoigne l’usage de « drone de livraison », où un engin volant livrerait des petits colis commandés précédemment sur Internet. Amazon a, le premier, souhaité investir ce créneau, mais ses ambitions ont été douchées par la lenteur du régulateur américain à autoriser de telles pratiques.

En France, qui compte de nombreuses start-ups liées à ce secteur innovant et émergent, on est davantage confiant, notamment du fait de la bonne volonté manifestée par les pouvoirs publics (on pense à la région Nouvelle-Aquitaine, pionnière en la matière, qui a su développer déjà un réel écosystème). Les drones civils, qui sont la spécialité française, pourraient connaître un essor rapide. Grâce au nouveau règlement européen, prévu pour 2019, après discussion des règles entre la Commission et les Etats membres, mais aussi avec la publication intermédiaire de « principes de base », visant à assurer le développement de services tout en garantissant la sécurité des personnes. Ainsi, on connaît déjà la forme que pourrait prendre ce futur règlement : une sécurité similaire à celle assurée par l’aviation avec pilote, avec des zones interdites de survol (« geofencing »), une immatriculation des engins, une possibilité de géolocalisation et des capacités techniques leur permettant de contourner un obstacle ou d’éviter une collision.

Nul doute que ce volontarisme de la part du législateur européen satisfera les industriels français, comme européens, qui pourront alors augmenter leur production et inventer de nouveaux usages.

#Compol : que retenir de la campagne présidentielle 2017 ?

Communication politique : que retenir de la campagne présidentielle 2017 ?

Une campagne présidentielle est un toujours un moment passionnant pour observer de nouvelles techniques de communication politique. Cette campagne 2017 n’a pourtant pas réellement introduit de vraies nouveautés, si ce n’est le désormais fameux hologramme de Jean-Luc MELENCHON ou encore son jeu vidéo. En effet, les valeurs sûres de la campagne étaient essentiellement des redites de 2012 pour ce qui est de la communication politique : meetings en plein air, forte activité digitale… Là aussi, reconnaissons que Jean-Luc Mélenchon avait un temps d’avance puisqu’il était à l’origine de ces innovations en 2012. Mais une bonne communication ne fait toutefois pas une élection et l’avènement du tout digital n’est pas encore gage de victoire puisque Jean-Luc Mélenchon n’a pas été élu.

Durant la campagne, la communication d’Emmanuel Macron n’a peut-être pas été très innovante mais elle a été efficace, en se basant sur des outils simples mais fondamentaux : le porte-à-porte, avec son rassemblement de marcheurs ou encore la forte présence militante sur les marchés, ce qui montrait une vraie dynamique de terrain au sein de l’électorat. On peut donc retenir de 2017 qu’un travail du terrain par les militants (ou helpers en langage macronien) est peut-être encore plus utile qu’une bonne campagne digitale.

Il en va différemment de l’après-campagne. En 2012, de très nombreux quick-books avaient été publiés dans la semaine suivant le second tour, soit un moyen de revivre rapidement, côté coulisses, la victoire de François Hollande ou la défaite de Nicolas Sarkozy. Les éditeurs avaient innové en sortant des livres très rapidement. L’histoire s’écrivait donc encore sur papier. Pour l’après-campagne 2017, c’est la télévision qui a repris le dessus puisque les quick-books prévus cette année ont bien du mal à se faire une place après la diffusion du documentaire événement « Les coulisses d’une victoire » de Yann L’Henoret – produit par le reconnu et estimé Pierre-Antoine Capton (3ème Œil production) – et diffusé par TF1 dès le lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron. L’intérêt du documentaire résidait aussi dans la capacité à présenter – en images – un président élu que les Français connaissaient finalement assez peu (ce qui n’était pas le cas de François Hollande ou Nicolas Sarkozy en 2012), tout comme ils pouvaient aussi apprécier les personnages jouant les seconds rôles, à savoir le staff rapproché d’Emmanuel MACRON ! Au final, que ce soit via les primaires de droite et gauche puis via l’élection présidentielle (où le débat de l’entre-deux-tours a également été un marqueur), la télévision n’aura pas dit son dernier mot en 2017. C’est ce que nous retiendrons de cette élection présidentielle qui, pourtant, ne ressemblait à aucune autre sur le plan politique…

La loi de moralisation de la vie publique sera-t-elle votée ?

La loi de moralisation de la vie publique

La question est sur toutes les lèvres : Emmanuel MACRON parviendra-t-il à obtenir une majorité aux prochaines élections législatives ? Le succès de son mandat et l’application de son programme en dépendent. Parmi les priorités de son programme figure le vote d’une loi de moralisation de la vie publique, qui fut la condition de ralliement de François BAYROU fin février au candidat d’En Marche. Aujourd’hui nommé ministre de la Justice pour incarner ce projet de loi, le président du Modem risque pourtant d’être confronté à une série de questions : comment faire voter une loi qui encadre davantage les pratiques des parlementaires ? Comment faire passer la promesse de « renouveau » du discours à la réalité ?

Début mars, Emmanuel MACRON présentait les grandes lignes de sa loi de moralisation de la vie publique (ou politique, au choix). Interdiction pour les parlementaires d’employer des proches ou des membres de leur famille, interdiction d’exercer une activité de conseil en parallèle de leurs fonctions publiques ou de réaliser plus de 3 mandats successifs, et fiscalisation plus complète de leurs revenu en y intégrant les indemnités de frais de mandat, jusqu’alors sous-contrôlées. Mais aussi la fin d’un régime spécial de retraites jugé très avantageux et le renforcement du rôle de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, afin de mieux prévenir des éventuels conflits d’intérêts. Cette promesse électorale s’inscrivait dans un contexte de forte défiance à l’égard de la classe politique dans son ensemble, encore prévalente aujourd’hui et qui ne date pas d’hier, mais qui a encore été accentuée par les affaires FILLON et LE PEN de ces derniers mois. En 2013, la HATVP et le Parquet National Financier avaient justement été créés pour répondre à ce besoin de « transparence », après l’affaire CAHUZAC.

Ces mesures seront-elles votées ou resteront-elles des promesses électorales ? Verra-t-on des députés et des sénateurs limiter leurs propres avantages, simplement parce que l’exécutif en a décidé ainsi, et du fait – aussi – de la pression populaire ? Les propositions du député René DOSIERE (app PS, Aisne), vrai spécialiste du sujet – mais qui ne se représente pas – seront-elles reprises par François BAYROU qui l’a déjà reçu place Vendôme ? A priori et même si un projet de loi est annoncé rapidement, les réponses à ces questions ne pourront être arrêtées qu’après les législatives…

La création de l’Observatoire de la Sécurité des Moyens de Paiement

Les nouveaux moyens de paiement sont-ils gage d’améliorations de la sécurité en plus de faciliter le règlement de nos achats ? A contrario, la multiplication et la sophistication des moyens de paiement numériques n’entraînera-t-elle pas une élévation du risque pour le consommateur ? Et pour les entreprises ?

En entérinant la création d’un Observatoire de la Sécurité des Moyens de Paiement le 8 avril dernier, le gouvernement semble vouloir prendre les devants pour anticiper les risques inhérents à ces innovations qui fleurissent dans le giron de l’industrie bancaire. En effet, banques en ligne, paiement sans contact, paiement par mobile, SMS ou QR code, virement instantané, paiement par wearables, ces petits objets (porte-clef, bracelet, vêtement…) du quotidien qui prétendent remplacer nos cartes bancaires… appellent à une révolution de la manière dont on paie et dont on se fait payer. Mais la digitalisation et la dématérialisation n’entraînent-elles pas, aussi, la naissance de nouveaux moyens de fraude ? Au début du mois d’avril, un homme se faisait arrêter pour arnaque au piratage de terminal mobile, via des cartes prépayées. C’est ce que semble admettre ce nouvel Observatoire aux compétences élargies, puisqu’il a pour objectif d’« anticiper les nouvelles possibilités de fraude liées aux nouvelles manières de payer, en particulier sur le web ou sur smartphone ».

Nul doute que les cartes bancaires n’ont pas dit leur dernier mot, tant elles apparaissent encore comme un moyen de paiement sûr. Leur avenir – et celui de toute une industrie inventée en France il y a 30 ans – se pose face aux GAFA qui ont maintenant l’ambition de remplacer nos banques. Les cartes bancaires sont donc à la croisée des chemins et doivent saisir les nouvelles opportunités offertes par le numérique, notamment autour des Fintech (dont la en France est déjà le 2nd marché européen après le Royaume-Uni). Est-ce également la mort programmée du paiement en liquide et de la détention d’espèces, que certains appellent de leurs vœux pour des raisons de fraude fiscale et de crime organisé ?

Il sera donc intéressant de suivre les travaux de cet Observatoire pour constater – ou pas – un déplacement du problème de la sécurité vers les plateformes digitales, les fraudeurs et autres pirates cherchant toujours à contourner les nouvelles barrières pour parvenir à leurs fins. Voici un sujet qui risque d’être le théâtre de luttes d’influence dans les années à venir…